Il ne s’agit pas seulement des habitants d’un pays ni de l’ensemble des personnes qui parlent une même langue mais encore et surtout d’un pluriel réconfortant, de l’une des multiples façon de dire nous. Synonyme, donc, de famille, de société, de groupe ; synonyme aussi, du moins au début, de confrérie, d’alliance, de communauté, de cercle d’amis ; synonyme enfin – à l’heure où les étendards flottants ne font plus vibrer le coeur de l’homme intelligent – de chimère, d’illusion, de mensonge pieux. “Si je dis que je me sens seul, c’est que je n’ai plus la force de dire nous“, écrivait un poète Basque dans sa dernière lettre. S’il avait été Chinois ou Japonais, peut-être eût-il dit : “Avec le singulier et le pluriel, nous sommes trois : moi, nous et un pont qui s’est effondré.”
Bernardo Atxaga
(en écho à une remarque de Nicollas)

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